Le fruit défendu (Acte I)

In nomine podcastis

Des heures de recherche sur la toile pour percer les mystères contenus dans des textes hermétiques, à déchiffrer des enseignements fondamentaux à la lumière d’une bougie. Voilà mon quotidien depuis des jours, des semaines, des mois peut-être, je ne sais plus. Désorienté mais confiant en ma destiné, j’arpente le monde de la création sonore en ermite, je tente d’en saisir l’essence primordiale. Tel un alchimiste des temps modernes, j’apprends à manipuler cette matière que seul l’ouïe peut discerner, à la transmuter patiemment pour atteindre mon but ultime, mon grand-œuvre : la création du podcast philosophale qui libérera les esprits de la paralysie musicale, un mal bien connu de notre siècle que je pense pouvoir éradiquer grâce à l’écoute prolongée de la « Face K ». Impensable me diriez-vous, une cassette ne contient que 2 faces. La face A et la face B. C’est physique, ce sont les lois de notre monde, c’est comme ça lalalalaaaaaaaaaaaa ce que le théorème des Rita Mitsouko a maintes fois démontré. Réaction parfaitement compréhensible que j’accueille avec bienveillance car j’étais comme vous mes amis, le corps et l’esprit enchainés à ce monde sans âme, ivre de technologie, accrocs aux évidences comme aux blagues stupides de Toto. D’ailleurs, c’est l’histoire de Toto qui mange un œuf et on lui demande de compter jusqu’à 10 et…CHUT! Chuuuuuuuuuuuut Oslo. Reste concentré.

 

Reprenons. J’étais ignare, perdu dans mes blagues pourries, en quête de sens, jusqu’au jour où, au grès de mes lectures inavouables dans la salle d’attente de mon médecin ORL, la lumière fût.

On n’entend bien les fréquences qu’avec le cœur. L’essentiel est inaudible pour les oreilles.

Le Petit Prince de LU, Antoine de Saint-Herblain (Nantes)

Tout était là, dans cette phrase d’une simplicité exceptionnelle mais d’une vérité foudroyante. L’essentiel est inaudible pour les oreilles. Putain de ses morts, je n’étais pas sourd! Mon ORL était heureux, moi aussi, nous partagions tous les deux une joie simple, une joie à 60 euros remboursée par la Sécurité Sociale. Je devais juste trouver un moyen de matérialiser ces sons « inaudibles » pour le commun des mortels et les propager via un biais dont j’ignorais l’existence à l’époque. Je n’imaginais pas un seul instant accomplir l’impensable.

En vous révélant la teneur de mon projet chers lecteurs, je sens l’excitation poindre au fond de mes tripes tel un jouvenceau à son premier rendez-vous galant. Un rire nerveux s’échappe bien involontairement de moi comme le pet d’un septuagénaire lors du repas dominical en famille. Du calme Oslo, du calme. Ma voix intérieur m’implore de me reprendre immédiatement. Le processus de révélation de cette face K suit un chemin intellectuel, spirituel et technique auquel nul ne peut déroger sous peine de précipiter cette entreprise vers un destin funeste. Mon égo, mon fils, ma bataille (fallait pas qu’elle s’en aille), tout se perdrait dans un abîme de douleur et de confusion qui me serait fatal (petit aparté: on parle ici du Point Balavoine pour celles et ceux qui connaissent). La légende populaire désigne cette terrible chute par le terme d’ascenseur émotionnel représenté au début du 17ieme siècle dans une œuvre picturale saisissante de vérité, Ascensore Emozionale.

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Carlo Saraceni (1579-1620) évoquait déjà au 17ieme siècle dans son tableau « Ascensore Emozionale » la chute du podcasteur comme conséquence de son incompréhension du processus complet de transmutation.

Ce tableau visionnaire de Carlo Saraceni, initié parmi les initiés (ça tout le monde le sait), décrivait avant l’heure à travers la figure d’Icare les conséquences d’une transmutation non aboutie désignée par le terme  générique de « podcast non transmutato ». Les ailes dont les plumes se disloquent sont en réalité une métaphore d’un podcast qui perd toute consistance. Les plumes, expression de la matière sonore, ne sont plus maintenues par la cire, élément d’une importance capitale représentant les « plateformes de diffusion » ou « piattaforme di distribuzione » (Lieux de dépôt de la matière sonore, lieux de diffusion, lieux de communication sur sa présence, etc). Le soleil, c’est à dire l’égo du podcasteur, a pris trop de place, oubliant l’importance de la diffusion. Persuadé de tout maitriser, le podcasteur se brule les ailes pour finalement tomber dans la mer de l’oubli avec toutes les conséquences que je vous ai décrites. Toujours se méfier de l’ascenseur émotionnel. Toujours.

Comprenez bien ceci: cet engagement de toute une vie s’appuie sur des préceptes que j’ai réussi à décrypter au prix de recherches épuisantes qui m’ont parfois fait vaciller mentalement, je l’admets, et ce à plusieurs reprises tant la mise à nue de ces secrets ouvrait des portes dans des dimensions allant bien au-delà de la compréhension humaine. Je peine à croire encore aujourd’hui en la réalité de ce que j’arrive à produire, c’est vrai.  la Face K existe bien. Le pet du septuagénaire aussi. Vertigineux.

 

Je me surprends à rire de nouveau tout en étant à deux doigts de pleurer. Pourquoi ces larmes alors que tout semble parfait? La perfection n’existe pas. Je vous dois la vérité amis lecteurs, aussi cruelle soit-elle. Un obstacle insurmontable s’est levé contre moi dans les dernières phases ô combien complexes de diffusion. Oui, j’ai échoué… Ne pas pleurer, ne pas pleurer. Ne prends pas l’Ascensore Emozionale, NON! L’image d’Icare me hante, il me fait de l’œil tout en tombant, je vacille. Je me rends compte bien trop tard que ce tableau était à double sens dans son avertissement. « Croyais-tu que le travail  sur les piattaforme di distribuzione allait être une partie de plaisiiiiiiiiir? » me dit langoureusement Icare dans sa chute. L’image du soleil comme seul obstacle était trop évidente. Bon sang mais c’est bien sûr. La cire bordel, la cire déconne parfois!

Transmutation!

Rappelez-vous ce que je vous ai dit plus tôt. L’essentiel est inaudible pour les oreilles. Avant d’en arriver à ce moment fatidique qui pourrait me laisser penser que mon podcast restera en marge de la production toujours plus importante dans notre beau pays, je vais donc ici vous décrire le processus complet afin que vous puissiez cerner tous les tenants et les aboutissants. Petits veinards! Vous allez mettre un pied dans ce monde hors de l’espace et du temps qui peut rendre fou quiconque osant s’y aventurer sans y être préparé. Pas d’inquiétude, je vais vous la faire light pour vous éviter un jet de santé mental.

Pour produire un podcast tel que Face K, il faut d’abord écrire, réfléchir, penser son sujet. J’écoute énormément de musique et il me faut sélectionner les meilleurs d’entre elles, les premiers de cordée (hahaha) qui seront les élus de cette face alternative pour le mois en cours. Mon périmètre défini, l’écriture terminée, on aborde la création audio. Travail de la voix, travail de la technique liée à l’enregistrement et au mixage pour délivrer le meilleur son audio à ses petits Ksos. Oui, à partir du moment où vous écoutez ce podcast , vous devenez illico presto un Ksos. L’objet final est un fichier MP3 en qualité 192kbps ce qui n’est pas dégueulasse du tout. La phase de transmutation dans le langage alchimique podcastien est terminée. Les plumes viennent d’être créées. C’est beau, c’est doux, ça fait des guiliguilis sur la peau. Reste la cire à mettre en place pour que nous puissions prendre notre envol vers les cieux et rejoindre l’Olympe des podcasteurs.

Il m’a fallu donc choisir une plateforme pour stocker et rendre accessible mes podcasts à la terre entière.  Toutes les applications de diffusion de podcast demandent, que dis-je, exigent un flux RSS lors de la soumission de notre création sonore chez chacun d’entre eux. Et pour fournir ce flux, il est obligatoire de s’installer sur une plateforme web qui hébergera notre podcast et créera un flux RSS dédié vers nos fichiers MP3 déposés. Une mécanique implacable qui ne laisse aucune place à l’improvisation.

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Quelle plateforme d’hébergement choisir? Pippa était conseillé par beaucoup de créateurs pour la qualité du service et la possibilité de stocker 5 fichiers gratuitement, ce qui correspond à 5 mois dans mon cas puisque je publie mensuellement. C’est donc assez naturellement que j’ai atterri chez eux, avec en tête l’idée de tester le podcast avant de passer à la caisse.

pippa

Un rapide coup d’oeil sur la partie pricing me confirme que le premier plan « Growth » me suffira amplement. 15$ par mois, disons que pourquoi pas. Le grand-œuvre mérite bien ça.  Bref, depuis le mois de mai, tout fonctionne à merveille. Les applications sur lesquelles on peut écouter ce podcast déclaré d’utilité publique (si si je vous jure, ce sont  mes enfants qui l’ont dit) se sont multipliées:

Sans parler des annuaires en ligne qui m’ont référencé :

Ma communication est quant à elle en place avec ce blog, Twitter, Facebook et Instagram. Bref, chers lecteurs, la cire semblait parfaite. « Allez plus haut!  » me disais-je, reprenant comme un mantra les préceptes de la philosophe Tina Arena.

Cependant, il y avait un sentiment d’inachevé, un petit arrière goût dans la bouche insaisissable qui pourri tout sans que vous ne sachiez vraiment pourquoi. J’avais beau revoir l’ensemble du processus de transmutation, relire mes traités occultes, j’étais aux portes du podcast philosophal, aucun doute possible. La Face K allait faire son travail et la joie allait régner dans les foyers. Icare ricanait dans ma boîte crânienne. Mauvais signe. « Piattaforme di distribuzione! Tu dois croquer la pomme, LA POOOOOMME! » me susurrait-il au creux de l’oreille avec son petit air vicelard. Il avait raison le bougre tout en ne cessant jamais de chuter. Je refusais de l’admettre, je luttais de tout mon être pour repousser cette possibilité mais je n’avais guère d’autres choix. Je devais croquer cette p***** de pomme tôt ou tard si je voulais aller jusqu’au bout de mes rêves, là où la raison s’achève. Mais je ne voulais pas me précipiter. J’avais repoussé l’échéance aux calandres grecques. Un jour, je le ferai. Un jour.

Podcast Store: le ver est dans la pomme

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Adam and Eve Macbook skin sticker by Michael Xuereb

Apple. Un frisson me parcourt, et pas de plaisir, croyez-moi. Ce mot résonne comme un environnement inaccessible, bien trop fermé sur lui-même. Aucune proximité ou sympathie envers cette marque au chiffre d’affaire aussi gros que le PIB des Pays-Bas. Pas d’Iphone, pas d’Ipod, pas d’Ipad, de MacOs, je ne possède rien qui soit en lien avec cette marque. La seule pomme que je côtoie se trouve dans mon panier à fruit et elle ne fait pas long feu en générale. Mais dans l’univers du podcast, il faut être publié sur Itune. Sinon, point de salut, peu d’audience, la mer de l’oubli en ligne de mire. Au départ, je m’étais dit qu’il n’y avait aucune urgence, le gros du boulot était fait et plutôt bien fait à mon sens. Serein, tranquille, sans stress. Les calandres grecques, c’est loin ça, on a le temps mec!

Mais il a fallu qu’une autre plateforme d’hébergement de podcast surgisse dans la place et brise en mille morceaux la paix intérieure qui régnait dans tout mon être. Son nom: Ausha

ausha

Ausha se présente fièrement début juillet avec ce slogan: Pour le lancement d’Ausha, bénéficiez d’un compte gratuit à vie en rejoignant la Ausha Family avant le 1er Septembre 2018. Gratuit à vie, rien que ça. Ni une ni deux, alléché par cette offre cavalière, je m’attarde sur les conditions à remplir.

Pour être éligible vous devrez avoir référencé votre flux RSS Ausha sur iTunes avant le 1er Septembre 2018.

La tentation était trop forte. Icare n’arrêtait pas d’hurler dans ma tête « Tu te rends compte! À VIE LE COMPTE GRATUIT! LA POMME, MANGE LA POMME ET DIRECTION AUSHAAAAAAaaaaa! ». C’était trop. J’ai croqué à pleine dent. L’économie de 15$ dollars par mois m’avait décidé à accomplir l’impensable. Reniant tous mes principes, je suis allé sur la page web d’Apple pour créer mon AppleID, passeport obligatoire pour pénétrer dans ces terres hostiles. J’ai installé Itune sur mon PC et, la main tremblante, j’ai cliqué sur « Soumettre mon podcast ». Soumettre. Soumission. J’allais jurer allégeance à mon nouveau maître béni de tous les podcasteurs en exercice, j’ai nommé le Podcast Store, quand soudain tout a basculé. L’arrière goût dans la bouche, on y est.

À chaque tentative de connexion, toujours en encore ce même message :

ituneconnect

Avec l’énergie du désespoir, je me suis tourné vers mes pairs sur Twitter:

la réponse du créateur du podcast 80’s Le podcast aka Murdoc fût sans equivoque:

Certains pensent que dans l’espace des podcasts, personne ne vous entend crier. Mais c’est faux. Je n’étais pas seul. Et mon cri avait eu un écho après de mes confrères tout aussi désemparés. Merci à vous tous qui avez tenté de m’aider. Je pense notamment au Community Manager de Ausha qui a été jusqu’à me créer un compte lui-même pour arriver au même résultat. Le pauvre. Finalement, une vidéo en provenance des États Unis a entériné ce que nous constations tous, prouvant de manière indiscutable qu’il y a bien un gros problème avec les nouveaux AppleID:

Va, je ne te hais point

Ne m’importune plus, laisse-moi soupirer,
Je cherche le silence et la nuit pour pleurer.

Le Cid, Pierre Corneille

[ Pour ce dernier chapitre, je vous propose de mettre un son type jazz que l’on entend dans les séries policières quand l’inspecteur repart seul après avoir résolu l’affaire. ]

Je suis très fier de mon podcast. Il ne cessera d’évoluer au grès de mes envies et de mes idées. J’ai réuni tous les ingrédients, j’ai suivi scrupuleusement les principes énoncés par les  podcasteurs les plus aguerris dans le milieu du podcast game. Apple ou pas Apple? Une question dont la réponse restera en suspend. Ce qui semble par contre décidé de par les évènements de la vie, la destinée diront certains, c’est que je n’irai pas chez Ausha et c’est peut être ça le plus regrettable.  Je ne me fais pas d’illusion, je n’aurais aucun accès au Podcast Store d’ici le 31 aout. En conséquence, Ausha, bonne route mon petit bonhomme mais ce sera sans moi pour l’instant. Quitte à payer, Pippa me convient parfaitement. Le service rendu est parfait, et j’ai balancé mon flux RSS  partout. Tout changer maintenant afin de basculer sur un autre service payant ne m’apporterait que peu d’avantage. Always look the bright side of the life disait Brian.

Néanmoins, Apple, je te vois, je te juge. Sache que nous n’en resterons pas là. Je tenterai chaque jour une connexion et Twitter en sera témoin. Sous tes aires de fruit défendu, je dois admettre que tu as beaucoup de chose à m’apporter, je ne peux le nier, et au fond, je n’aime pas rester sur un échec. Et puis tu sais Apple,  si tu t’obstines à te refuser à moi, je t’enverrai Icare avec son regard salace, et ses allusions dégueulasses. Il t’enduira délicatement de goudron, ce type est chaud crois-moi Apple. Et j’y ajouterai ensuite quelques plumes. Tu verras, c’est très seyant et il parait que c’est bon pour la peau.

 

1 réflexion sur « Le fruit défendu (Acte I) »

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